Je suis un gars de gang. J’ai toujours fait partie d’équipes dans les sports, en famille, à l’école et en société. On m’a toujours dit que pour être un bon chef, il fallait devenir un bon second et j’ai appris. C’est un des éléments qui m’a fait comprendre pourquoi l’équipe a toujours représenté davantage que la somme des individus qui la compose.

Mais ça prend un peu plus pour faire davantage que regrouper. Je crois posséder l’expertise pour réunir des personnes qui envisagent des actions communes. Je suis capable d’inspirer pour que les gens me précèdent dans l’action et même parfois, qu’on oublie d’où vient l’idée de départ…

Je suis bien lorsqu’entouré, mais la solitude ne me pèse pas. Quand je suis seul, je ne me sens pas isolé; faisant partie de tellement de réseaux, mon univers de cyberpédagogue me permet de rester en contact avec les gens malgré la distance. J’ai apprivoisé cela tout doucement.

Au début, j’ai été fasciné par les gens qui faisaient rire dans un groupe, ceux dont la présence était désirée ou ceux dont on se targuait d’être leurs amis. Je crois que mon séjour à Gagnonville a représenté une étape importante dans cet apprentissage d’un leadership qui unit plutôt que divise. Richard Migneault, gérant de la Baie D’Hudson a été mon premier patron et j’étais aux premières loges pour observer comment il arrivait à nous regrouper.

J’étais étudiant de quatrième secondaire et je travaillais près d’une vingtaine d’heures par semaine. Rapidement, il m’a confié de grandes responsabilités et quand l’annonce de l’arrivée du camion de déchargement survenait dans l’école, il fallait voir la fierté des «gars de La Baie» partant pour le magasin. Quand il avait une remontrance à faire, il ajoutait toujours une touche de positif. Il grondait la personne à l’écart des autres, mais la complimentait en public en disant pourquoi notre comportement était constructif pour l’équipe. Au moment où je suis revenu à Québec, je me souviens qu’il m’avait remis une lettre de référence; je n’avais aucune idée de ce pourquoi il avait pris le temps d’écrire ces bons mots jusqu’à ce que je me présente au Provigo de la 80e et que le gérant me demande si j’avais des références. Et vlan… adjoint dans la section des fruits et légumes! Quand René Larouche de l’Université Laval m’a fait l’honneur d’une lettre du même genre à ma sortie du Bac, je savais qu’elle découlait de beaucoup de petites choses que j’avais faites pour être au service des gens ou d’une cause.

Quels sont les autres aspects de ma personnalité qui font de moi une personne qui regroupe les gens? Ma capacité de me placer dans la peau des autres… probablement. Je me souviens qu’au pensionnat, il me fallait arrêter de réagir à tous les manquements que j’observais à regarder aller les élèves à l’étude ou au dortoir. À force de renoter le moindre petit écart, j’étais devenu celui qui dérangeait tout le monde. Apprendre à mettre au-dessus de tout l’intérêt commun et prendre quelques notes pour intervenir après la période d’études ou au lendemain matin avait fait de moi un bien meilleur éducateur. Devenir conscient de comment se sentent les personnes quand on intervient devant tout le monde avait constitué un atout pour avoir davantage d’impact auprès des gens. Les jeunes étaient bien avec moi, le climat était devenu paisible et ceux qui avaient à «prendre des avertissements» se faisaient parler dans le blanc des yeux sans que ça dérange le groupe. Et puis, en mettant un peu de distance entre les événements, je devenais bien plus «songé» dans mes interventions. Comme avec les profs plus tard, je devenais centré sur la réussite et moins préoccupé à jouer à la police. En valorisant ceux qui contribuent à la bonne marche du groupe, on arrive à rassembler davantage qu’à donner trop d’importance à ceux qui souhaitent qu’on morde à chaque perche qu’ils tendent…

Pour rassembler, il est quand même important d ‘être juste avec les gens. Constant et équitable avec chacun, je préciserais. Apprendre à garder une saine distance (ne pas vouloir être celui qui anime dans les partys et les journées pédagogiques, il faut choisir) avec les gens sans empêcher le courant de passer, aussi. Garder la porte ouverte quoi qu’il arrive et aller vers les gens là où ils sont pour pouvoir discuter «sur leur territoire» est également une bonne stratégie pour créer un climat stimulant dans votre environnement de travail. Enfin, toujours s’arranger pour que la personne à qui vous avez des choses à dire soit la première à l’apprendre. C’est un des enseignements que la vie de pensionnaire m’a le plus appris en quinze ans de vécu auprès d’une famille variant entre deux et quatre cents personnes.

Un temps, j’ai été un actionnaire minoritaire pour l’entreprise dans laquelle je travaillais. J’ai renoué avec le plaisir d’être le second dans plusieurs facettes de la gestion de l’entreprise. Ce qui m’a permis d’agir encore plus efficacement pour valoriser le travail d’équipe en appuyant celui qui est le dernier à pouvoir faire une erreur parce qu’il n’y a plus personne pouvant exercer «une autorité» au-dessus de lui. Je veux dire qu’à l’image d’un gardien de but, le résultat est souvent immédiat quand il manque son coup… et ce n’est pas beau à voir à ce moment. Heureusement, ça arrive rarement. Pour rassembler, on doit donc faire partie de ceux qu’il écoute quand ça brasse et aussi, tout autant, de ceux que le groupe écoute quand c’est lui qui décide de brasser!

Enfin, je crois que rassembler c’est agir en ayant en tête l’équipe autant que les membres de l’équipe. C’est bien beau avoir le sens du bien commun, mais j’ai appris que sans la prise en compte des intérêts individuels, ça reste un concept bien théorique…